François Le Dilly (1821-1871)

François Mathurin Le Dilly (1821-1871)
C’est l’une des premières trajectoires que j’ai identifiées. Un lieu de décès inattendu dans l’acte de décès m’a poussé à “enquêter”.
François Mathurin Le Dilly est né le 25 janvier 1821 à Lorient. Il est le troisième garçon d’une fratrie de  sept frères et soeurs. Ses parents sont cultivateurs et domiciliés au village de Keroman. Au cours de sa vie, François va évoluer dans une ville portuaire qui connaîtra une immigration importante des campagnes environnantes. En 1821, Lorient est peuplée de 17 115 habitants. La population se stabilise sous la Restauration. L’Empire s’est achevé voilà 5 ans et Napoléon mourra à Sainte-Hélène au mois de mai de cette année.
Lorient est une ville résolument tournée vers la mer; une frégate sortira des chantiers navals cette même année. Et en général, quand on vit à Lorient, il y a de grandes chances pour que l’on travaille pour elle.
D’ailleurs François est journalier au Port. C’est à dire qu’il est ce que l’on appellerait aujourd’hui un travailleur intérimaire dont les missions successives se déroulent au port. Sa qualification est précisée,  nous apprendrons qu’il travaille à la scierie du Port. Ses frères et soeurs ont eux choisi une autre voie, on compte parmi eux un jardinier et un forgeron notamment.
François épousera une jeune femme native de Quéven, Anne Victoire Le Bourvellec, tailleuse de profession. Elle est fille de cultivateurs locaux et aussi une soeur de l’épouse de son frère Joseph. Sa belle-soeur. Sa femme, enfin les deux à la fois!

De cette union naissent cinq enfants: trois garçons et deux filles. L’un des garçons décédera en bas âge. Les deux autres fils de François s’engageront dans la Marine sous le Second Empire (1869 et 1870), comme leur cousin Adolphe, qui pourtant réformé pour cause de frère décédé au service s’engagera et sera fait chevalier de la Légion d’Honneur à la fin de sa carrière en 1918, Jean Marc et Joseph Mathurin (puisque ce sont leurs noms) exerceront dans la Mousqueterie, (les Marsouins du XIXè).

En 1866, il y a 37 665 lorientais, la population a plus que doublé en 45 ans. La période historique mouvementée, riche en rebondissements fut favorable à la croissance de la ville. Cette activité permet à François et Anne Victoire de nourrir leur famille, d’abord à Ploemeur, là où naissent leurs deux aînés, puis à Lorient même.
Une fois ses deux fils engagés, il ne reste plus que les deux filles âgées de 12 et 15 ans à vivre avec lui et son épouse. Nous sommes en 1870, il ne reste plus qu’un an avant que ne se produise l’accident.
C’est en consultant les actes de mariage de ses fils que j’apprend que François est décédé en 1871. En vérifiant l’acte de décès, pour obtenir une date de naissance et une filiation, je découvre le lieu de son décès, “bassin à flots du Port de commerce”!
Il est encore rare à l’époque de déceder en dehors de son domicile. Passe encore que cela se passe à l’hôpital mais là ça dépasse l’entendement et attise ma curiosité!

Sur la carte de Lorient, datée de 1887, on voit clairement que le bassin à flot est au coeur de la ville. Il est beaucoup plus étendu qu’aujourd’hui et s’étend jusqu’à l’actuelle place de l’Hôtel de Ville. La géométrie qui en découle est encore visible aujourd’hui. Le Palais des Congrès, la Place Jules Ferry, la Place de l’Hôtel de Ville sont à l’emplacement du bassin à flots.

Carte1887

François est décédé au Bassin à flot du Port de Commerce. En 1871, la légendaire Ville aux Cinq Ports en compte un peu moins. Le port de plaisance et l’activité de tourisme n’existent pas et comme l’atteste la carte postale ci dessous, l’activité maritime du bassin à flots est quasi exclusivement tournée vers le commerce.

portdecommerceXIXLOREINTPour en savoir plus, j’ai décidé de rechercher aux Archives Départementales, et notamment sur leur site, une mention dans la catégorie faits divers d’un journal. Un décès dans un port, devrait y être relaté, même succinctement!  Et je n’ai pas été déçu. J’ai découvert dans les archives de L’Abeille de Lorient, daté du 17 janvier 1871, la mention de la découverte du corps de François Mathurin Le Dilly.

LeDillyFM

Que pouvons nous en retirer?

  • L’heure de la découverte est à peu près l’heure où la clarté naturelle du jour hivernal a permis de localiser le corps. Pas de lampe torche, pas de plongeurs à l’époque, quand à l’éclairage des voies publiques, il n’était peut-être pas efficace.
  • Sa profession, son âge et son nom sont mentionnés. Comme quoi les rubriques actuelles des faits divers n’ont rien de très neuf, il est précisé que la chute est accidentelle, et qu’elle a eu lieu “la veille à 7 heures du soir”. Soit à un moment sombre de la journée.
  • François Mathurin Le Dilly est mort noyé.

Nous n’en saurons pas plus. Comme aujourd’hui le journaliste a certainement été informé par le bureau de Police de Lorient. Et comme pour toute découverte de corps, un écrit a certainement été produit par un service de Police. A moins de mettre la main sur cet écrit, impossible de connaître les circonstances exactes de l’accident, si elles ont été établies par témoignage…  Au moins, pour une fois, la raison d’un décès à un âge prématuré a pu être découverte. Les actes de décès ne mentionnant pas la cause du décès, se contentant d’établir le décès, nous nous posons très souvent des questions. Et même dans ce cas, on s’en pose encore, l’exploration d’un arbre réserve bien des surprises.

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